afr(AI)d


À l’heure où l’IA est partout, intégrée dans une multitude de logiciels, nous ne la remarquons plus. Elle nous informe, met en forme, écrit pour nous, dicte nos choix, s'immisce dans ce quotidien que nous lui offrons sur un plateau d’argent. Même involontairement, nous utilisons tous l’IA, inutile de nier.

Nous avons peur pour beaucoup, mais l’utilisons quand même. Nous avons peur mais ne pourrons plus rien faire pour arrêter son avancée. Elle nous est profitable, nous en profitons et c’est humain. Car l’humain est à la recherche de confort permanent ; depuis notre arrivée sur terre nous n’avons eu de cesse d’inventer, créer, profiter pour améliorer nos conditions de vie. Notre évolution en est là : un scénario de science-fiction il y a quelques années, devenu réalité aujourd’hui. 

Oui, nous en sommes venus à créer une “intelligence artificielle”, une intelligence qui dépace celle de l’être humain, qui dépace celle de son propre créateur et dont son propre créateur a peur qu’elle devienne une arme contre lui. Mais ça ne suffit pas car nous l’alimentons, la faisons grandir, la faisons devenir plus puissante à coup de données, de délégation de tâches, de flemme. Et puis nous nous affaiblissons, ne réfléchissons plus, ne prenons plus la peine. 

Certains ne réfléchissent déjà plus par eux-même, les nouvelles générations disent déjà qu'elles ne pourraient pas avoir de diplôme sans IA, et puis sans ce compagnon qui les suit partout, tout le temps dans la poche, comment vivre, à qui poser les questions ?

afr(AI)d est le résultat de l’association de deux photographes, Matthieu Robin et Fannie Parra. Cette série hybride, utilisant la photo et la vidéo, est un ensemble de plusieurs sous-séries. Parfois projets individuels, parfois projets en duos, le tout s’entrechoque et se répond pour provoquer le questionnement.


At a time when AI is everywhere, built into countless software tools, we no longer even notice it. It informs us, formats our content, writes for us, shapes our choices, and slips into the everyday life we hand to it on a silver platter. Even unintentionally, we all use AI—it’s pointless to deny it.

Many of us are afraid of it, yet we still use it. We are afraid, but there is nothing we can do to stop its advance. It benefits us, and we take advantage of it—that’s human. Humans constantly seek comfort; since our arrival on Earth, we have never stopped inventing, creating, and using things to improve our living conditions. This is where our evolution has brought us: something that felt like science fiction a few years ago has now become reality.

Yes, we have come to create an “artificial intelligence,” one that surpasses human intelligence, that surpasses its own creator, and that its creator fears could become a weapon against them. But that is not enough—we keep feeding it, helping it grow stronger through data, through delegated tasks, through laziness. And in the process, we grow weaker, we stop thinking, we stop making the effort.
Some people already no longer think for themselves. Younger generations are already saying they could not graduate without AI, and without this companion that follows them everywhere, always in their pocket—how would they live, who would they even ask their questions to?


afr(AI)d is the result of a collaboration between two photographers, Matthieu Robin and Fannie Parra. This hybrid series, combining photography and video, is made up of several sub-series. Sometimes individual projects, sometimes collaborative works, they intersect and respond to one another in order to provoke reflection.










Bodyscan


Bodyscan est une mini-série de quatre images représentant des corps flous en train d’être scannés comme l’IA scanne les données que nous lui donnons pour recomposer le profil de la personne qu’elle a en face. Cela donne bien souvent quelque chose d’approximatif, inexact, mais il faut imaginer la quantité de données recueillies pour que l’IA nous connaisse et nous reconstitue tout-de-même aussi bien. Et puis il y a les limites, les tabous qui empêchent des conversations parfois importantes, mais aussi et heureusement des conversations illégales et malintentionnées.

Fragments


Fragments représente un corps assemblé morceaux par morceaux. L’image n’est pas nette, ni complète. C’est une personne, chaque élément nous est familier mais le tout donne quelque chose de difforme. Cela ne vous rappelle rien ? La génération d’image. L’IA pioche dans ce qu’elle connaît pour reconstituer quelque chose qui répond à notre demande. Il y a beaucoup d’erreurs dans la génération d’image, notre cerveau fait qu’on reconnaît l’image et qu’on oublie de regarder les détails pour démêler le vrai du faux.

Faut-il avoir peur de l'IA ?


C’est la question que nous avons posé à l’IA elle-même, et elle nous a répondu oui. Et elle nous l'a dit avec cette voix et cette intonation imparfaitement humaine. Bien qu’elle essaie de nous rassurer sur les croyances nées de la science-fiction, lorsqu’elle nous dit pourquoi on devrait avoir peur d’elle, cela a de quoi nous donner des frissons.

Modernity


Modernity est une mini-série, mêlant numérique et analogique. Les animaux, incrustés avec à la fois précision et imperfection par l'IA elle-même sur des paysages photographiées à l'argentique, paraissent réels au premier abord. Puis lorsqu'on s'approche, alors nous nous demandons quelle est la part de vérité dans ce mensonge.

Bodyscan is a mini-series of four images depicting blurred bodies being scanned, much like AI scans the data we give it to reconstruct the profile of the person it is facing. The result is often approximate, inaccurate, yet one has to consider the sheer amount of data collected for AI to know us and recreate us as well as it does.
Then there are the limits—the taboos that sometimes prevent important conversations, but that also, and fortunately, restrict illegal or harmful ones.
Fragments depicts a body assembled piece by piece. The image is neither sharp nor complete. It is a person—each element is familiar, yet the whole appears distorted. Does that remind you of anything? Image generation. AI draws from what it knows to reconstruct something that matches our request. There are many errors in generated images; our brains recognize the overall picture and forget to look closely at the details to tell what is real from what is not.Should we be afraid of AI?
It is the question we asked AI itself, and it answered yes. And it told us in that imperfectly human voice and tone. Although it tries to reassure us about fears born from science fiction, when it explains why we should be afraid of it, it is enough to send a chill down our spine.
Modernity is a mini-series that blends digital and analog. Animals, inserted by AI itself with both precision and imperfection into landscapes photographed on film, appear real at first glance. But as we get closer, we begin to question how much truth there is within this illusion.


©FannieParra